Interview de Quentin Balourdet de DSV Contract Logistics France : Les enjeux du transport contractuel en France

Quentin, pouvez-vous d’abord nous expliquer concrètement votre rôle de Responsable transport au sein de DSV Contract Logistics France, et en quoi votre activité quotidienne vous place au cœur des enjeux du transport contractuel en France ?

Mon rôle s'articule autour de quatre axes majeurs. Le premier concerne l'organisation opérationnelle de nos activités d'affrètement. Le deuxième est le déploiement de notre TMS au sein de l'ensemble de notre réseau afin d'optimiser nos processus. Le troisième consiste à piloter les réponses aux appels d'offres transport, et le quatrième à accompagner nos agences dans la résolution de leurs problématiques transport au quotidien.

Grâce à cette fonction transversale, je suis amené à élaborer des offres tarifaires pour différents types de prestations : messagerie colis, messagerie palettes et affrètement. Cette proximité avec les opérations et les appels d'offres me permet de rester en prise directe avec les évolutions du marché, d'identifier les nouvelles tendances et d'anticiper les attentes de nos clients et prospects.

J'ai ainsi une vision globale des enjeux de la supply chain, notamment en matière de performance, de responsabilité sociétale des entreprises (RSE) et de qualité du retour d'information, qui sont aujourd'hui des critères déterminants dans le choix d'un partenaire transport.

Avec une flotte d’une vingtaine de semi-remorques et une activité couvrant la France, l’Allemagne, le Benelux et l’Espagne, quels sont, selon vous, les principaux défis spécifiques au transport contractuel sur le marché français (cadre réglementaire, pression tarifaire, attentes clients, pénurie de conducteurs…) et comment les gérez-vous au quotidien ?

Chez DSV Contract Logistics, nous ne disposons pas de flotte propre ni de flotte dédiée. Nous nous appuyons essentiellement sur un réseau de transporteurs partenaires en affrètement ainsi que sur les services de la branche DSV Road comme pour la messagerie par exemple.

Aujourd'hui, le marché est soumis à une très forte pression tarifaire, qui laisse peu de marge pour absorber les imprévus. Le coût lié au chauffeur et au matériel représente environ 75 % du coût total d'un transport. Dès lors, chaque temps d'attente chez un client, chaque difficulté de chargement ou de déchargement, ou encore chaque aléa sur la route peut rapidement impacter la rentabilité d'une opération.

Pour limiter ces risques, nous privilégions autant que possible des partenaires spécialisés sur leurs lignes de transport et des conducteurs qui connaissent déjà les sites de chargement et de livraison. Cette expertise permet de gagner en efficacité, en fiabilité et en qualité de service.

À plus long terme, le principal enjeu est celui de la capacité de transport. Nous constatons déjà la disparition de nombreuses entreprises du transport routier en France, des déséquilibres de flux dans certaines régions et une pénurie de conducteurs qui devrait encore s'accentuer dans les années à venir. Ces facteurs exercent une pression directe sur les capacités disponibles.

Cette situation a naturellement un impact sur les prix. Il devient de plus en plus difficile de maintenir des grilles tarifaires contractuelles stables sur une année complète. Si l'on y ajoute la volatilité des prix du carburant, la maîtrise durable des coûts de transport représente un véritable défi pour l'ensemble de la filière.

DSV Contract Logistics France est très présent sur des secteurs exigeants comme la santé-pharma, la défense ou l’aéronautique. Comment ces univers réglementés et sensibles façonnent-ils la structuration de vos contrats de transport (niveau de service, traçabilité, gestion du risque, clauses de pénalités) et l’organisation opérationnelle de votre flotte ?

Effectivement, nous sommes présents sur des secteurs exigeants qui nécessitent une organisation rodée, des processus maitrisés, un catalogue de service complet et des partenaires qualifiés. Pour la pharma, nous utilisons des services spécialisés pharmas et des réseaux de distribution express par exemple. Selon les contraintes et la valeur de la marchandise à transporter, nous faisons appel à des sociétés de transport sécurisé certifié TAPA ou APSAD5. Cela sécurise nos flux et rassure nos clients sur le sérieux des solutions proposées. Avec DSV insurance, nous pouvons en complément proposer de couvrir les différents risques avec des services d'assurance adaptés. En ce qui concerne la tracabilité, nous avons investis et conitnuons d'investir dans notre TMS capable de se connecter en EDI ou API avec les TMS de nos partenaires et de remonter en temps réel les statuts de livraison. Tous les flux de nos clients quelque soit le mode de transport affretement, messagerie sont intégré au TMS ce qui permet le pilotage complet des activités de transport depuis un outils unique.

Vous pilotez un budget mensuel d’environ 150 k€ et gérez à la fois sourcing, négociation, affrètement et optimisation. Pouvez-vous nous décrire, de façon très concrète, comment vous arbitrez entre coût, qualité de service et flexibilité contractuelle, notamment dans un contexte de forte volatilité des volumes et des prix (carburant, péages, sous-traitance) ?

Pour moi, la qualité de service n'est pas négociable. Dans un secteur aussi concurrentiel que le transport et la logistique, répondre aux attentes de nos clients doit être une exigence de chaque instant. C'est un véritable facteur de différenciation.

C'est pourquoi j'accorde une importance particulière au sourcing de nos partenaires. Dans la mesure du possible, nous travaillons avec des transporteurs spécialisés sur les lignes que nous exploitons. Cette expertise nous permet de bénéficier d'une meilleure connaissance des itinéraires, des contraintes propres aux sites de chargement et de livraison, et d'une maîtrise plus fine des flux. Au final, cela se traduit par une plus grande fiabilité opérationnelle et des budgets plus maitrisés.

Si j'avais à arbitrer entre le coût et la qualité de service, je privilégierai toujours la qualité de service et la satisfaction du client. Une prestation fiable crée une relation de confiance et ouvre la voie à de nouveaux projets et à de nouveaux développements. À l'inverse, une approche uniquement centrée sur le prix peut rapidement fragiliser la relation commerciale. Notre objectif est de construire des partenariats durables, fondés sur la performance et la confiance, plutôt que de rechercher une rentabilité à court terme.

Sur le plan contractuel, nous veillons également à préserver un équilibre économique pour l'ensemble des parties. C'est pourquoi nos contrats de transport intègrent une indexation sur l'évolution du prix des carburants. Les indices publiés par le CNR constituent une référence reconnue qui nous permet d'ajuster les tarifs de manière transparente et équitable, aussi bien vis-à-vis de nos clients que de nos partenaires transporteurs. Cette transparence contribue à instaurer une relation de confiance et à garantir la pérennité de nos collaborations.

L’acquisition de Schenker par DSV change d’échelle en France, avec un poids accru en logistique contractuelle. Sur le plan du transport routier contractuel, qu’est-ce que cette intégration va modifier pour vous : capacité de négociation avec les transporteurs, mutualisation des flux, complexité contractuelle, exigences de reporting et de gouvernance ?

DSV était déjà l'un des acteurs majeurs du transport et de la logistique. Avec l'acquisition de Schenker, le Groupe franchit une nouvelle étape et renforce considérablement sa position sur le marché mondial.

Cette acquisition constitue un véritable levier de développement. En France notamment, elle nous permet de bénéficier d'un réseau de messagerie domestique particulièrement performant, qui vient compléter notre offre et renforcer notre couverture. C'est un atout important pour répondre aux attentes de nos clients avec une gamme de services encore plus complète.

Par ailleurs, l'augmentation des volumes et de notre présence sur le marché renforce naturellement notre pouvoir de négociation auprès de nos partenaires transporteurs et fournisseurs. Cette nouvelle dimension nous permettra d'aborder les négociations avec une vision plus globale et de créer davantage de valeur pour nos clients.

Au-delà de cet aspect, je suis convaincu que cette opération générera de nombreuses synergies, qu'elles soient commerciales, opérationnelles ou technologiques. Le partage des expertises, la complémentarité des réseaux et la mutualisation de certaines ressources contribueront à renforcer notre compétitivité et notre capacité d'innovation.

Bien entendu, une intégration de cette ampleur demande du temps. Nous n'en sommes qu'aux premières semaines et il est normal que les organisations continuent à s'ajuster dans les mois à venir. Mais je suis convaincu que cette acquisition représente une formidable opportunité. À terme, elle permettra à DSV de consolider son leadership, d'élargir son offre de services et de renforcer durablement sa position sur un marché de plus en plus exigeant.

Si l’on se projette à 5–10 ans, entre décarbonation (ZFE, biocarburants, électriques), digitalisation (tracking temps réel, tour de contrôle) et évolution du cadre social, à quoi ressemblera selon vous un contrat de transport routier « type » en France, et quelles compétences un responsable transport devra absolument maîtriser pour rester dans la course ?

À un horizon de cinq à dix ans, je suis convaincu que deux enjeux structureront durablement les contrats de transport : la décarbonation et la digitalisation.

La transition environnementale est déjà une réalité et son importance ne fera que croître. Sous l'effet des exigences réglementaires, des attentes des clients et des objectifs de réduction des émissions de CO₂, la décarbonation deviendra un critère incontournable dans le choix d'une solution de transport. Aujourd'hui, le véhicule électrique n'en est encore qu'à ses débuts dans le transport routier de marchandises, mais les progrès réalisés en matière d'autonomie, de performances et d'infrastructures laissent penser qu'il occupera une place de plus en plus importante dans les années à venir. Aux côtés d'autres énergies alternatives, il contribuera à transformer durablement notre secteur.

Le second enjeu est celui de la digitalisation. L'essor de l'intelligence artificielle et des technologies de traitement des données va profondément faire évoluer nos systèmes d'information. Ils seront capables d'analyser davantage de données, d'automatiser un nombre croissant de tâches et d'apporter une meilleure aide à la décision.

Dans le même temps, les attentes des clients en matière de visibilité et de réactivité continueront de progresser. Le suivi en temps réel, la qualité des informations remontées tout au long de la chaîne logistique et la capacité à anticiper les aléas deviendront des standards de marché plutôt que des services différenciants.
Je pense donc que nous assisterons à une généralisation des tours de contrôle logistiques, des plateformes de tracking temps réel et des outils d'analyse prédictive. Les entreprises qui sauront combiner performance opérationnelle, excellence digitale et réduction de leur empreinte carbone seront celles qui créeront le plus de valeur pour leurs clients.

Pour conclure, quel conseil donneriez-vous à un industriel ou un e-commerçant qui souhaite structurer ou renégocier ses contrats de transport en France aujourd’hui : quelles sont, d’après votre expérience, les 2 ou 3 erreurs à éviter absolument et les bons réflexes à adopter dès le départ ?

Si je devais donner trois conseils à une entreprise qui souhaite négocier un contrat de transport, le premier serait de bien définir ses besoins en amont. Il est essentiel d'identifier précisément ses contraintes opérationnelles, ses exigences en matière de qualité de service et les objectifs attendus. Un cahier des charges clair et détaillé constitue la base d'une négociation efficace. Il permet d'aligner les attentes de chaque partie et d'éviter les zones d'ombre ou les interprétations qui peuvent ensuite générer des difficultés dans l'exécution du contrat.

Mon deuxième conseil serait de ne pas faire du prix le seul critère de décision. Bien sûr, le coût est un élément important, mais la qualité de service l'est tout autant. Un transport moins cher peut rapidement devenir plus coûteux s'il génère des retards, des ruptures de stock, des litiges ou une dégradation de la satisfaction client. La non-qualité a un coût, souvent bien supérieur aux économies réalisées sur le tarif de transport. Il est donc préférable de rechercher le meilleur équilibre entre performance économique et fiabilité opérationnelle.

Enfin, je recommande d'intégrer une clause d'indexation carburant basée sur les indices officiels publiés par le CNR. C'est un mécanisme reconnu qui permet d'ajuster les tarifs de manière transparente en fonction de l'évolution des coûts énergétiques. Cette approche évite des renégociations permanentes, sécurise les intérêts des deux parties et favorise une relation commerciale durable, fondée sur la confiance et l'équité.

Pour en savoir plus : https://www.dsv.com/

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